Interview de Julien Chazal

PluCa: Bonjour Julien, comme prévu voici l’interview que les formateurs de Plumes et Calames attendent et redoutent désormais tout à la fois. Prêt ?

JC : C’est parti.

 

P&C : Allons-y… tu viens de terminer le premier stage d’une triplette (le même stage pour la même structure à trois dates différentes et, précisons de suite pour ceux qui en baveraient qu’il reste quelques places à Nantes https://www.plumes-et-calames.be/formations/stages-2020/stage-julien-chazal/. Tu as mis tout le monde sur les rotules… En es-tu fier ? Plus sérieusement, comment as-tu vécu ce stage en tant que formateur ?

JC : Je sais que j’épuise les élèves. J’ai souvent des fins de stages où les élèves sont contents de rentrer chez eux parce que fatigués. Cela me fait toujours peur, car je crains souvent qu’ils partent mécontents.  Pour ce type de stage en particulier, la gestuelle, c’est difficile de l’enseigner à toutes sortes de personnes d’univers et de niveaux différents. Ceux qui pratiquent ce style comprennent pourquoi. 

 

PluCa : Une envie particulière pour ton retour au mois d’avril à Tournai puis pour Nantes ?

JC : J’essaie encore et encore de m’améliorer. Je pense que ce stage était très bien et je ne pense pas ajouter autre chose. Peut-être plus de réalisations.  Je viendrais avec des œuvres récentes. 

  

PluCa : Bon reprenons au début pour ceux qui ne te connaissent pas : depuis quand as-tu compris que tu voulais faire de la calligraphie ?

JC : Depuis ma rencontre avec Laurent Pflughaupt à Metz il y a très longtemps. Ce qui m’a fait avancer, c’est un univers ouvert à des personnes dynamiques et un échange chaleureux et franc autour de la calligraphie.

 

PluCa : Pourquoi l’as-tu choisi pour t’initier ?

JCCe que j’ai choisi, c’est une certaine voie. J’ai fait les Beaux-Arts de Nancy et le système éducatif ne m’a absolument pas poussé. Ce serait même le contraire.  Jacques Brel disait que nous travaillons surtout sur un mode de compensation de ce qui nous a manqué, révolté. C’est ce qui m’a motivé je crois. J’étais un très bon dessinateur. Par contre, je ne savais pas bien écrire. Cela m’a beaucoup pénalisé. J’avais de mauvaises notes, non pas parce que j’étais mauvais, mais parce que je ne savais pas m’exprimer. J’ai mis longtemps à remonter la pente. 

 

PluCa  Qu’est-ce que tu voudrais dire ici et maintenant aux personnes qui t’ont aidées dans tes premiers pas en calligraphie?

JCRien en fait. Je regarde surtout ce qu’il y à faire. J’innove constamment et je regarde l’avenir pour palier mes défauts d’hier. C’est comme ça que j’évolue. Il y a tant de projets à mettre en œuvre.

 

PluCa : Et depuis lors, quel est ton plus beau souvenir personnel de calligraphie de tout l’univers ?

JCJ’en ai eu beaucoup. C’est pour l’essentiel des rencontres. J’ai toujours des souvenirs émus de grands calligraphes qui ont trouvé mon travail intéressant. Une reconnaissance teintée d’orgueil. 

 

PluCa : Certains de nos lecteurs, qui te connaissent peu, ne savent pas que tu es toujours vivant (sans blague, comme tu as écrit un ouvrage qui fait autorité, j’ai eu la réflexion, dernièrement, d’une personne qui croyait que tu faisais partie des grands anciens), ni que tu es président de la section calligraphie des Meilleurs Ouvriers de France https://www.meilleursouvriersdefrance.org/. C’est un truc qui me fascine… Nous n’avons rien d’équivalent en Belgique, que je sache.
C’est ton idée de développer ce pôle d’excellence et cette vitrine de savoir-faire ?

JCPas exactement. On est venu me chercher. Un vieux monsieur de l’Education nationale qui voulait remettre au goût du jour les belles lettres m’a proposé ce poste. Mais rien n’est vraiment dû au hasard. Cela fait longtemps que je travaille avec des artisans d’art et des entreprises de renom. Je pense qu’il manque une vision plus globale de la calligraphie latine dans la société actuelle. Les calligraphes n’ont pas vocation à ne faire que des cours et des stages, mais à imaginer d’autres productions (artistiques, publications, artisanales, liens avec les entreprises…). Le concours « Un des Meilleurs Ouvriers de France » (MOF) est une vitrine pour montrer notre savoir-faire vis à vis d’un autre public, parfois international, des institutions, et de créer des liens avec d’autres métiers d’exception. 

 

PluCa Comment as-tu obtenu cette fonction, pourquoi et dans quelle optique l’as-tu fait ?

JCLe premier concours MOF était ambigu. Aucun calligraphe que j’ai contacté ne voulait faire partie du jury. Ce fût l’occasion d’aller vers des métiers dont je ne connaissais pas l’existence et d’avoir des discutions plus globales, comme le rôle de l’apprentissage. Tout cela sur fond de discours passionnés. Peu à peu, j’ai eu le sentiment qu’il fallait une vision plus large de notre rôle de graphiste et d’ouverture sur la société. Le côté fermé des calligraphes et cet entre-soi peut être dangereux car restrictif. Pour le deuxième concours que j’ai présidé, le groupe de jury de professionnels que j’ai constitué était dans cette optique là et ce fût très intéressant. 

PluCa : Comment ça se passe concrètement ?

JCEn trois phases : l’inscription, un premier passage d’évaluation du candidat (épreuve qualificative) et le sujet en lui-même. Pour l’épreuve finale, on donne une sorte de cahier des charges comme pour une demande d’une entreprise internationale qui souhaite un travail d’excellence. Il ne faut pas oublier qu’il ne faut pas juste la moyenne à cet examen, mais il est demandé un travail impeccable.  Pour donner une idée, il faut compter environ 800 heures de travail pour un MOF. 

PluCa : Quels sont les artistes qui ont été sollicités pour faire partie de ton jury ?

JCIl y a quatre membres du jury : Jean-Michel Douche, Marine Porte de Sainte-Marie, David Lozach et Stéphane Alfonsi.  J’ai aussi demandé à Paule Persil-Faguier, la lauréate du dernier MOF de nous rejoindre.

 

PluCa : As-tu des retours des lauréats après qu’ils aient remporté l’épreuve ?

JCBien sûr. Le sujet était très ambitieux. Mais, à travers celui-ci, il fallait, en filigrane, pouvoir évoquer l’évolution de la calligraphie au sein de la société contemporaine. Il ne suffit pas d’être bon calligraphe techniquement, mais aussi de savoir manier l’ordinateur, la photographie, aller à l’encontre de certains métiers (sérigraphes, imprimeurs textiles…), bref être pluridisciplinaire et ouvert d’esprit. En cela, la lauréate du dernier concours l’a très bien compris. D’ailleurs, elle a beaucoup communiqué après coup sur sa médaille.

Une fois le concours atteint, c’est une formidable ouverture vers les institutions. C’est un diplôme reconnu par l’état et les entreprises, nationales et internationales, et quel que soit le domaine. C’est un gage d’excellence avant tout.

Pour tous les calligraphes que ça intéresse, il n’est ouvert qu’aux professionnels (ou à ceux qui veulent en faire leur métier), qu’ils soient français ou étrangers !

 

PluCa : L’appel est lancé, j’espère sincèrement que tu auras d’autres pays d’Europe qui tenteront l’aventure après cette interview.
Autre chose : je te sais avoir 300 idées dingues par jour : quelle est celle que tu voudrais absolument réaliser ?

JC : Réaliser de grands formats, de l’espace pour travailler, c’est l’idée à laquelle je m’accroche depuis très longtemps. Les moyens me manquent pour cela puisqu’il faut un espace-temps que j’ai encore beaucoup de mal à atteindre. 

 

PluCa : Quelle est la question que je ne t’ai pas posée mais que tu aurais aimé que je te pose ?

JCJe ne sais pas… à quand un stage de 5 jours ?

 

PluCa : Céliiiiiiine ? Le monsieur essaye de te dire quelque chose, je crois…

 

PluCa : Et veux-tu que je transmette discrètement un message exclusivement aux membres de PluCa ?

JC : Ben, y’a Plus qu’à ! Qu’à bosser, entretenir la passion, avoir des projets, de nouveaux rêves. 

 

PluCa : Dernière question : As-tu des dates disponibles mi-2021 pour aller boire une bière avec tes fans ?

JC : Quoi, pas avant !!!? 

 

PluCa : Bon… on ira voir sur ton site régulièrement pour tes expos, puisque pour les bières, on aura le temps en avril 2020 à moins que ce stage ne soit reporté à cause de ce foutu virus.
Merci Julien… à tout bientôt

 JC : Merci et à bientôt !

 

 

Pour (re)découvrir l’univers de Julien: