Interview de Marine Porte de Sainte-Marie

 

Nous terminons le stage de Marine PORTE DE SAINTE-MARIE (artiste plasticienne, calligraphe). Marine, entre douceur, compréhension et humour, a réussi à m’emmener avec 14 autres stagiaires à dessiner des fleurs et à les utiliser dans une composition calligraphique. Elle a fait la même chose une semaine plus tôt, à Nantes, avec autant de bonheur selon la rumeur…. Me vient l’envie de prolonger un peu le contact avec cette pédagogue de talent et cette femme bienveillante…

 

Bonjour Marine.

 

Hello Philippe !

 

Heureux, vraiment, que tout ce soit bien passé, tant à Nantes qu’à  Wépion, où nous avons eu le plaisir de t’inviter pour un stage jumeau… Nous venons de recevoir les sondages relatifs aux deux ateliers, et on frôle les 100% de satisfaction… ça va, toi ? tu te remets ?

Ouiiiiiii ! Les deux stages se sont bien passés et c’était chouette qu’ils soient juste l’un derrière l’autre, pour rester dans l’ambiance, que l’énergie ne retombe pas entre les deux.

J’ai adoré le contact avec Céline et toi, en tant qu’organisateurs, et avec les participants. Les Belges m’ont semblé plus timides que les Bretons, mais très sympas aussi et super créatifs !

En tant qu’intervenante je l’ai d’autant mieux vécu que j’ai été assez émerveillée par tout ce qui est « sorti » de la part des élèves. Même les plus timides ou les moins habitués à créer m’ont fait confiance sur la méthode et ont vraiment joué le jeu. Ils ont tous fait des choses magnifiques !

 

Les plus timides, hein… Je me demande bien à qui tu penses, mais passons. Tiens, mais dans le fond, la calligraphie, c’est quoi ?

C’est l’amour des lettres et de l’histoire de l’écriture, c’est le bonheur d’écrire et de découvrir des outils et des supports inhabituels, mais ça va bien plus loin que ça.

Je me rends compte, après toutes ces années de travail personnel et d’enseignement, que c’est surtout, pour beaucoup de gens, un prétexte, un point de départ pour apprendre à créer et à développer l’envie, à cultiver le bonheur en créant du beau.

C’est aussi un art qui fait travailler certaines qualités (rigueur, souplesse, patience, précision, détermination, humilité), et permet d’explorer ou d’acquérir certaines compétences graphiques ou artistiques (mise en page, couleur, dessin de lettre et selon son degré d’exploration, aquarelle, acrylique, gravure, collage, estampage, sérigraphie, etc.).

Pour toutes ces raisons, je trouve aussi que c’est un super boosteur de confiance en soi.

 

Nous avons eu l’occasion d’échanger beaucoup lors de nos voyages (4 heures de route, ça crée des occasions et forme des liens). Tu as eu l’occasion de me raconter ton parcours calligraphique… Peut-on le qualifier de quasi initiatique sans virer dans le mysticisme ?

Oui c’était un parcours initiatique dans le sens où j’ai commencé la calligraphie très jeune (19 ans) et que ça m’a demandé de mettre en œuvre tellement de choses pour réussir à devenir professionnelle (une détermination de dingue, entre autres) que ça m’a fait grandir et en quelque sorte, façonné ma vie d’adulte. En quelques années j’ai dû organiser ma vie autour de ça, trouver des cours dignes de ce nom, réussir à rentrer au Scriptorium de Toulouse (parcours du combattant), trouver les sous pour le payer (car j’ai un nom de Comtesse, je viens d’une famille d’aristos, mais… artistes, complètement dingues et fauchés !).

Puis il a fallu survivre au Scriptorium (qui est génial, mais super dur), puis s’envoler du nid et se faire les dents en tant que jeune professionnelle. Trouver des clients, apprendre à se vendre (le plus dur pour moi au début !), à se faire payer, à se faire connaitre. Gagner sa vie et continuer à se former pour faire son propre chemin et ne pas trop subir les influences de ses professeurs.

Tout cela aurait pu se passer comme dans un Zola sur fond de désespoir, d’encre qui gèle l’hiver et de famine, mais en fait non… Ça n’a pas été facile, j’ai vraiment dû me retrousser les manches, me pousser aux fesses tous les jours, mais en même temps, je suis d’un naturel super optimiste et j’ai une grande confiance en la vie.

Elle a placé sur mon chemin plein de rencontres et de super chances. Un proprio qui ne m’a pas fait payer de loyer pour mon atelier pendant les premiers mois de mon installation. Laurent Rébéna qui m’a fait participer à des événements importants et rencontrer d’autres calligraphes. La gentillesse avec laquelle ceux-ci m’ont accueillies dans leur cercle. Des élèves super chouettes qui m’ont beaucoup appris. Des super clients qui m’ont fait confiance, des clients véreux qui m’ont aidée, malgré eux, à devenir plus pro. La rencontre avec mon éditeur, Correspondances, qui a vendu à des millions d’exemplaires mes cartes postales dans tous les pays francophones.

Lui, il ne m’est pas tombé du ciel, je l’ai trouvé toute seule et j’ai su le convaincre de créer un nouveau produit, mais la chance a été qu’il soit … à 800 mètres de mon atelier !

Et bien sûr, mon mari, qui a toujours été là pour me soutenir et me pousser à avancer. Avec un entraîneur de sportifs qui font les J.O, je ne risquais pas de mollir ou de végéter !

Bref, ça a été un sacré parcours du combattant, mais j’ai été super bien entourée et j’ai eu de belles opportunités.

Ça, c’était pour les débuts, maintenant ça fait 20 ans que je travaille, mais au fond ça ne fait que commencer, car il faut toujours se réadapter à de nouvelles situations, au monde et à notre art qui évoluent… Je ne sais toujours pas ce que je ferai dans 3 mois, comme depuis mes débuts, mais tout arrive toujours et je continue à être dans ce double état d’esprit de confiance, de lâcher-prise total et de travail acharné.

 

Nous avons eu également l’occasion de faire un peu la promotion de ton livre dont chaque lecteur consulté s’accorde à en vanter la qualité.

Merciiiiiiiiiiiii !

De rien… mais laisse-moi terminer 😊…. (-« Calligraphie et lettering faciles », chez Mango éditions, 160 pages, paru le 21 septembre 2018. Un livre d’initiation à la calligraphie et au lettering pour les débutants, ou pour les non débutants qui ont envie d’un peu de couleur !)
Tu m’as dit que cela t’avait pris un an avant d’en soumettre la version finale à ton éditeur ?

C’est venu d’une demande des éditions Fleurus, pour Mango, leur branche beaux-arts et loisirs créatifs, un peu plus d’un an avant la sortie du livre. Ils m’ont demandé de leur faire un livre d’initiation à la calligraphie pour les débutants. Au début j’ai failli dire non, tellement ça me faisait flipper. Et puis j’ai dit Oui, bien sûr.

Après, je n’ai pas moins flippé. Mais là aussi, cadeau de la vie, mon amie Véronique, du blog Lettres and Co (que je recommande !) m’a proposé son aide (son job c’est la gestion de projets, niveau olympique)  pour tout le travail en amont avant la rédaction du livre. Définir mon projet. Réfléchir à l’esprit et au style que je voulais donner à mon livre. M’organiser pour le faire rentrer dans un agenda déjà sacrément boudiné sans faire un burn-out. Et, bien sûr, lister mes peurs pour mieux les dézinguer… ou faire avec sans qu’elles m’empêchent d’avancer.

Pendant trois mois, j’ai fait ce travail en sous-marin avec elle, avant de rédiger le premier mot du moindre chapitre, de faire la moindre planche pédagogique. Je ne remercierai jamais assez  Véronique pour son aide, car même si le projet était juste de « faire un petit livre d’initiation pour les débutants », pour moi c’était un challenge énorme… Rien que de penser au mot organisation, j’avais envie de pleurer…

Je crois que j’y serais jamais arrivée sans ce travail qu’elle m’a fait faire. Mais j’y suis arrivée ! J’ai rendu mon manuscrit avec trois mois de retard, mais j’en suis venue à bout ! Ce n’est pas le Médiavilla, je sais bien, il ne révolutionnera pas le monde de la calligraphie, mais c’est mon petit bouquin à moi, fait très sérieusement mais sans se prendre au sérieux. J’en suis fière car je sais le travail que ça m’a demandé et je suis heureuse du résultat.

 

À ce stade de la rencontre, j’ai l’habitude de poser toujours les 2 mêmes questions :
Qu’aimerais-tu dire aux apprenants en calligraphie ?

Travaillez. Avec plaisir, avec légèreté, mais travaillez pour progresser. Ne placez pas la barre trop haut. La calligraphie est difficile, mais si on y va par petites étapes, on peut aller très loin. Soyez exigeant avec vous-même, mais indulgent aussi. Si vous voulez devenir pro, soyez très exigeant. Et ne vous prenez pas au sérieux. Même si vous êtes le futur Jean Larcher !

Et le message que tu aimerais transmettre à tes collègues calligraphes ?

Bon, les gars, quand est-ce qu’on se retrouve pour faire des trucs ensemble ? Et puis y a du boulot, il faut qu’on se relève les manches et qu’on bosse l’anglais pour faire plus de trucs à l’international ! Je crois qu’il faut aussi qu’on se pose des questions par rapport à l’enseignement de la calligraphie, à la relève… il n’y a plus d’école digne de ce nom en France… qu’est-ce qu’on fait ? Est-ce qu’on n’aurait pas un rôle à jouer si on ne veut pas voir notre métier disparaître ?

 

Et finalement, tu t’es rendue compte que toute la Belgique ne se retrouve pas à Bruxelles, même si l’Atomium était fermé ! Et, à ce sujet, la mère patrie s’excuse officiellement d’avoir rendu inaccessible sa Tour Eiffel à elle justement le jour où tu es venue pour le visiter… Pas trop déçue ?

Si… je ne sais pas si je me remettrai de cette cruelle déception… sans compter que je n’ai pas une fois goûté d’authentiques frites belges dignes de ce nom !  Elles étaient où ?? il va falloir que je revienne 😉

Et puis… il faudra que je vous fasse faire un peu de calligraphie, parce que les fleurs c’est chouette, mais on a pas trop pris la plume !

 

D’accord… avant qu’on ne se quitte pour cette interview, on va aller boire un verre, manger des Chokotoff et parler d’un détail de cette interview qui m’a donné une idée de dingue pour 2020, si tu veux bien…

 

Pour (re)découvrir l’univers de Marine :

 

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